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Image by Patrick Saint-Denis

Image by Patrick Saint-Denis

 

Après des études en composition (conservatoires de Québec, de Montréal, et de La Haye) et en mathématiques (UQAM et Université Laval), Patrick Saint-Denis a obtenu un doctorat en composition de l’Université de Montréal en 2014. Il entretien une pratique généralisée des arts numériques par la conception d’instruments scénographiques. À quelque part entre le concert, la performance audiovisuelle, l’art robotique et le théâtre physique, son travail est présenté régulièrement tant à Montréal qu’à l’étranger. Ses oeuvres ont été récompensées à plusieurs reprises, dont notamment par la Foundation for Emerging Technologies and Arts (FETA) Prize en 2017 et par le Conseil des arts du Canada (Prix Jules-Léger) en 2004. Il est chargé de cours à l’Université de Montréal.

 

///// Des interfaces à la création

Je pense que personne n’a un accès direct au son et que conséquemment tout est une interface. Une partition, un instrument de musique, un logiciel ou un langage de programmation est une interface qui impose une vision singulière – souvent esthétique ou du moins conceptuellement dirigée – à la création. La technologie de la performance, qui est au centre de ma pratique, me permet de créer mes propres interfaces (logiciel, DMI, mécanique, etc.) et de développer une relation personnelle avec les outils numériques. Mes recherches récentes dans ce domaine se concentrent sur le développement de logiciels et de matériels pour créer des interfaces électromécaniques pour la composition sonore. Souvent présentées en ensembles d’articulations robotiques simples, les machines que je crée possèdent des spécificités physiques qui façonnent les interactions sur scène et influencent la création dans son ensemble. Je considère que la création est intégrée à chaque étape du développement, de la conception machine au codage et à l’exécution.

///// Encore la question du sens

L’écoute réduite conditionne la résonance symbolique de mes œuvres. Elle jette un éclairage sur les aspects visuels et physiques de mon travail qui sont enracinés dans la nature même du son. J’utilise souvent l’expression regard réduit pour qualifier mon approche de l’image ou du mouvement physique. Comme s’il y avait une ressemblance apparente entre la perception de l’abstraction en général comme un composite de mouvements, de formes et de couleurs et la perception du «sens» en musique. Engagé dans un jeu sur le sens lui-même plutôt que vers un travail de nature conceptuel, j’utilise des éléments qui peuvent orienter la réception, mais mon travail n’est pas centré sur le message; J’ouvre la porte à certains types de lectures, tout en invitant le spectateur à abandonner la nécessité de produire du sens.

///// Lutherie numérique et fullSD

Un instrument scénographique est un dispositif scénique à mi-chemin entre un instrument de musique numérique et une composante scénographique. Il peut prendre diverses formes, avoir des composantes robotiques, lumières ou vidéo, être ou non interactif. L’instrument scénographique n’est pas un instrument de musique au sens traditionnel du terme et son usage suppose une approche de la production fort différente que celles associées traditionnellement aux musiques instrumentales ou numériques. Pendant des siècles nous avons pensé les instruments séparément des oeuvres, un instrument pouvant générer des milliers d’oeuvres. Un instrument scénographique est plutôt une proposition artistique où l’instrument fait partie intégrante de la création. L’oeuvre et l’instrument sont indissociables.

Il s’agit d’un changement de paradigme important pour les milieux musicaux. Il n’est pas tant question de faire un instrument qui rivalise avec le violon par exemple et engendre un répertoire aussi riche, mais plutôt de proposer une articulation porteuse entre la création sonore ou interdisciplinaire et la gestuelle performative. La gestuelle peut même s’effacer complètement au profit de la technologie qui fait figure elle-même de performeur. Il ne s’agit pas non plus de développer un répertoire dans l’optique d’une reperformance comme il en est le cas en musique classique. Les propositions s’apparentent davantage à des productions artistiques en provenance des arts vivants, d’où la nécessité d’encadrer ce travail dans le contexte d’un organisme de production/création.

C’est pourquoi j’ai débuté en 2018 à mettre en place une structure artistique appelée fullSD. Il s’agit d’une structure qui est à mi-chemin entre un laboratoire de recherche en lutherie numérique et un organisme de production. Elle est issue du désir de concevoir des projets artistiques interdisciplinaires qui approfondissent les liens entre les arts vivants et la lutherie numérique. Elle est née aussi de la nécessité de réunir une équipe autour d’une idée, d’une machine scénique, d’un instrument inventé et souvent de tout ceci à la fois. Cette envie de partager les expertises et la création entraine une façon particulière de concevoir la production. La création et la gestuelle performative y est travaillée en équipe, par itération, à quelque part entre le concert, la danse, l’art robotique et le théâtre physique.

 


After studies in composition (conservatories of Quebec, Montreal, and The Hague) and mathematics (UQAM and Laval University), Patrick Saint-Denis obtained a doctorate in composition from the University of Montreal in 2014. He maintains a generalized practice of digital arts through the design of scenographic instruments. Somewhere between concert, audiovisual performance, robotic art and physical theater, his work are regularly presented both in Montreal and abroad. His works have been awarded several prizes, including the Foundation for Emerging Technologies and Arts (FETA) Prize in 2017 and the Canada Council for the Arts (Prix Jules-Léger) in 2004. He his currently lecturer at the University of Montreal.

///// On interfaces

I think that nobody has direct access to sound, and that therefore everything is an interface. A score, a musical instrument, a software or a programming language is an interface that imposes a singular vision – often aesthetically or at least conceptually driven – on a creative output. Performative technology, which is central to my practice, enables me to create my own interfaces (software, DMI, mechanical, etc) and develop a personal relationship to machinery. My recent research in this area focuses on developing software and hardware to create electromechanical interfaces for sound composition. Often presented in arrays of simple robotic articulations, the machines I create possess physical specificities that shape interactions on stage and influence the work as a whole. I consider that creation is embedded in every step of development, from machine design to coding and performing.

///// On meaning

Reduced listening conditions the symbolic resonance of my works. It sheds a light on the visual and physical aspects of my work that is rooted in the very nature of sound. I often use the expression reduced vision (regard réduit) to qualify my approach to image or physical movement. As if there was an apparent similarity between the perception of abstraction in general as a composite of movements, shapes and colors and the perception of “meaning” in music. Engaged in play on meaning itself rather than conceptual art, I use elements that can orient reception, but my work isn’t centered on message; I open the door to certain types of reading, while inviting the viewer to abandon the necessity to render meaning.

///// Digital lutherie and fullSD

A scenographic instrument is a scenic device halfway between a digital musical instrument and a scenographic component. It can take various forms, have robotic components, lights or video, be interactive or not. The scenographic instrument is not a musical instrument in the traditional sense of the term and its use presupposes a very different approach to production than those traditionally associated with instrumental or digital music. For centuries we have thought of the instruments separately from the works, an instrument being able to generate thousands of works. A scenographic instrument is rather an artistic proposal where the instrument is an integral part of the creation. The work and the instrument are inseparable.

This is an important paradigm shift for the music community. It is not so much a matter of making an instrument that rivals the violin, for example, and will engender such a rich repertoire, but rather to propose a meaningful articulation between sound or interdisciplinary creation and performative gestures. Gestures can even completely disappear in favor of technology that is itself a performer. It is not a question also of developing a repertoire in the perspective of a reperformance as it is the case in classical music. The proposals are more like artistic productions from the living arts, hence the need to frame this work in the context of a production organization.

That’s why I started in 2018 to set up an artistic structure called fullSD. This is a structure that is halfway between a laboratory in digital lutherie and a production organization. It stems from the desire to conceive interdisciplinary artistic projects which deepen the links between the living arts and digital lutherie. It is also born from the need to gather a team around an idea, a scenic machine, an invented instrument and often all of this at a time. This desire to share expertise and creation leads to a particular way of designing production. The creation and the performative gestures are worked in teams, by iteration, somewhere between concert, dance, robotic art and physical theater.